Prises de rires

Plus de quarante années de farces et de poissons d'avril

                1er avril ou pas, nous avons tous un jour ou l’autre mordu à l’hameçon. Dans les Vosges, pendant plus de quarante années, des farceurs ont tendu des lignes d’appâts pour le plaisir de rire. Des milliers de « poissons » se sont fait attraper. En lisant « Prises de Rires », vous allez vivre ou revivre cette pêche abondante dans son intégralité. Tous les faits décrits dans ce roman ont réellement existé.  

Le rire est une thérapie gratuite et généreuse, alors profitons-en ! Sourions, rigolons, plaisantons, pouffons.

Rions sérieusement, mais rions…

4ème de couverture...

A Paris, lorsque le reporter Fabrice VINCENT apprend que deux soldats de la seconde guerre mondiale ont réapparu dans les forêts vosgiennes, son étonnement laisse place immédiatement à un désir d’enquêter sur les lieux de la tragédie.

Partir à la recherche de ces deux mystérieux personnages, voilà pour Fabrice l’occasion de fuir les contraintes urbaines et de s’offrir un bol d’air dans les Vosges. Mais la traque à laquelle il participera s‘avérera être une drôle de pêche plus qu’une chasse à l’homme…

Comme des milliers d’autres «poissons», il aura mordu à l’hameçon.

Sans amertume, le sympathique Parisien va alors se lier d’amitié à l’équipe de joyeux lascars et découvrir leur longue série de farces et de poissons d’avril. La présence de Christine, agréable journaliste Vosgienne, ne fera que renforcer sa ferveur à revenir dès que possible au cœur du massif vosgien.

Un hymne à l'humour. Un éclat de rire qui fait du bien.

Préface

de Claude VANONY, auteur et conteur vosgien


          Qui n’a pas rêvé de faire une farce ? Tous les enfants ont joué avec le fameux poisson d’avril, je me souviens de l’avoir accroché au dos de mon grand-père, qui, pas dupe, le gardait toute la journée, je suppose, avec le recul, qu’il s’en amusait autant que moi.

         Mon grand-père n’était pas le dernier pour faire des farces. Un soir d’hiver, il jouait à la belote chez la voisine, la lampe à pétrole au milieu de la table. Derrière lui, dans la pénombre de la cuisine, Philomène, ladite voisine, avait mis une grosse pièce fumée à cuire dans le faitout. De temps-en-temps elle piquait dedans avec une fourchette pour en vérifier la cuisson. Alors que Philomène était sortie pour chercher du bois, mon grand-père avait rapidement sorti la viande de la casserole pour la remplacer par une « courte-gueule » * (Gros sabot de bois Vosgien). Revenue dans sa cuisine, Philomène piquait toujours avec sa fourchette dans ce qu’elle croyait être la viande fumée, en réalité elle piquait dans le bois du sabot et s’étonnait de sentir la viande toujours aussi dure, on l’entendait dire : - Elle n’est toujours pas cuite ? Ça alors !...

          J’ai eu le grand honneur de participer à l’une des grandes farces citées dans ce livre, celle des bouteilles achetées à prix d’or par une entreprise qui n’est jamais venue les ramasser, en fait de bouteilles, c’était du bidon !.. Il parait, je dis bien il parait, que certaines cagettes, pleines à ras bord, seraient encore sur les trottoirs entre La Bresse et Cornimont. J’ai toujours gardé ma carte de CON.

        Faire des blagues, raconter des blagues, j’ai commencé de bonne heure dans ce genre d’exercice, au plus loin que je m’en souvienne c’était à l’école maternelle et depuis j’ai continué, j’en ai même fait un métier. Mais raconter des blagues et faire des blagues il y a un fossé pas toujours facile à franchir, j’entends la blague organisée, la blague réfléchie, celle qui tout en étant grandiose n’atteint pas la dignité des personnes ni, bien-sûr celle qui reste conforme aux tablettes de la Loi.

         Une bonne blague ne peut se faire seul, il faut de la complicité, du bon sens, de la perspicacité et… du temps !...

         Les farces et les poissons d’avril concoctés par René Vincent-Viry et ses comparses entrent dans le professionnalisme, c’est du grand art, de la « pisciculture humoristique » comme il le dit lui-même.

         Quoi de plus drôle que de prendre le train pour un voyage de 280 km alors que pour se rendre au même endroit en voiture il n’y aurait eu que 20 km à faire !..

        Comment garder sa jeunesse ?  Tel un livre de recettes, en lisant « Prises de Rires » vous apprendrez beaucoup de choses. René Vincent-Viry a la plume facile, ça on le savait déjà, mais dans son dernier ouvrage il nous prouve, s’il en était besoin, que la vie n’est pas aussi triste qu’on pourrait le penser, tout y est, du rire, quelque fois grinçant, quelque fois cruel, (un malheureux chat en a fait l’expérience).

       On y trouve aussi de l’émotion et une jolie petite histoire d’amour. Vous apprendrez aussi des choses sur le blason de la Lorraine.

 

          Les Bressauds et les Gérômois connaissent (encore un peu) la « Guerre des Hauts », mais comme le dit René, la seule guerre qu’il faut défendre c’est bien la guerre du rire.

Bonne lecture.

                                                                                           Claude Vanony        

Extraits...

Les bouteilles à 1.frs

C’était en 1970.Vingt-cinq mille tracts avaient été distribués dans les vallées environnantes et informaient la population qu’un ramassage de bouteilles en verre (la bouteille plastique existait à peine) allait être effectué. Sur ce papier on pouvait lire ceci: Une fortune dort dans votre cave. Sortez vos bouteilles de toutes sortes sur le trottoir. Ramassage en fin de matinée. Un franc les quatre. Il suffisait donc aux habitants intéressés de placer leurs bouteilles sans distinction de forme devant leur domicile sur le bord de la route, et tout cela pour la somme d’un Franc pour quatre bouteilles. Tu parles d’une aubaine! Pour l’époque, cette somme, bien supérieure à celle de la fameuse consigne, était alléchante. On vit s’amonceler sur le bord des routes des Hautes-Vosges, des tas et des tas de récipients de toutes sortes qui soudainement avaient pris une valeur inespérée. Certains avaient vidé leur cave de stocks inutiles, d’autres avaient déterré les bouteilles utilisées comme bordures de jardin, beaucoup les avaient nettoyées. Un industriel avait même payé un de ses employés pour exécuter la besogne. La gendarmerie s’était inquiétée de la subite frénésie des habitants à amasser ces tas de verres en bordure de routes. Partout! Il y en avait partout des bouteilles! Cinq mille, dix mille, vingt mille, cent mille, je ne sais pas moi, peut-être plus!

À ce moment-là, personne ne savait qui payait et qui ramassait, pas plus que le lieu où allaient être livrées ces bouteilles. De toute façon, tout le monde s’en fichait! Vu la somme proposée, ça valait la peine de passer quelques heures à les entasser. Cependant, au soir de cette journée mémorable, personne n’avait exécuté le ramassage. Le lendemain, tous les stocks, propres ou sales, anciens ou récents étaient toujours sur les trottoirs. Le surlendemain les gens ont commencé à se poser des questions. Pour finir, personne n’a jamais ramassé les bouteilles. Déçu, fâché, vexé, parfois penaud, chacun des «vendeurs» s’est vu contraint d’évacuer sa camelote..../...


Les moules de rivière

.../...Célestin regarda sa montre. C’était l’heure des informations régionales à la télévision. Il se leva, s’approcha de la table branlante à roulettes rangée contre le mur, la tourna d’un quart de tour, ôta la housse en tissu blanc protégeant depuis des lustres le téléviseur, vint se rasseoir et appuya sur la télécommande.

              - Bon Dieu, on va bien l’savoir. Ils vont bien en parler aux infos non ?     

           

         Effectivement, sur la chaîne France 3 Lorraine-Champagne-Ardennes, le générique annonçait le journal du soir. En premier titre, l’information était confirmée : « Exploitation de la moule de rivière dans le massif vosgien ». Célestin monta le son. Images à l’appui, le reportage livra les secrets de ce projet étonnant. La première image montra une saleuse fixée sur un camion de déneigement propulsant des grains de sel sur la chaussée couverte de neige, puis un camion équipé d’une lame poussant la neige sur le bord de la route. Ensuite on vit la rivière et son eau, limpide, courant sur les cailloux lissés par les siècles. Au fond et sur les bords du lit, baignaient des pierres enveloppées de moules, une multitude de mollusques qui semblaient se complaire dans l’eau granitique et acide. Le commentaire compléta l’incroyable information :

       « Depuis plus de cinquante années, au cours des longs hivers, sont déversés sur les routes vosgiennes des millions de tonnes de sel. À chaque fonte des neiges, ce chlorure de sodium s’est inévitablement dilué. Ainsi charrié de fossés en fossés par les courants, il a pu, grâce à la forte concentration granitique, s’accumuler au fil des décennies dans les fonds de rivière et à terme s’y incruster. Très imperméable, ce sol a suffisamment conservé de sodium pour que certains mollusques se développant ordinairement en milieu marin aient pu s’y reproduire. De ce fait, l’étude du Breton Loïc Couhadoux tente à prouver que cette accumulation de sels minéraux rend possible l’exploitation et l’élevage de moules en rivière. Comparaison faite avec l’eau de mer, la pureté de l’eau du massif vosgien s’écoulant sur ces fonds désormais salés n’a rien à envier aux marées de la Manche ou de l’Atlantique pour que s’y développe la mytiliculture de rivière et donne ainsi une variété de moule jusqu’alors inégalée. »

         - Ah ben merde alors, lâcha Célestin médusé.

         - Ah, tu vois ! fit Marthe convaincue de la vérité.

         - Ferme ta boîte, écoute ! ordonna Célestin.


Cornimont Kruth en train...

.../...

Pour bien comprendre cette folle équipée, il faut savoir que Cornimont, petite ville vosgienne se trouvant sur le versant lorrain du massif des Vosges, se situe, quand on emprunte la route du col d’Oderen, à vingt kilomètres de Kruth, petit village haut-rhinois qui se trouve lui, sur le versant opposé, alsacien, de ce même massif. Relier ces deux localités en voiture est l’affaire d’une demi-heure au grand maximum ; à pied, ce trajet nécessite cinq à six heures de marche. Par contre, exécuter cette liaison par le train, jusqu’alors jamais imaginée, oblige les voyageurs fous à accomplir un long détour pour arriver à destination.

Eh oui ! Compte tenu que la voie ferrée ne passe pas par la montagne mais la contourne, relier Kruth depuis Cornimont contraint donc les voyageurs éventuels de passer par Remiremont, Épinal, Xertigny, Bains-lesBains, Aillevillers, Luxeuil, Lure, Belfort, Mulhouse et Thann. Accomplir ce périple représente ainsi une distance de deux cent quatre-vingt kilomètres et la bagatelle de dix heures de voyage. Alors quitte à rendre ce voyage encore un peu plus fou, autant qu’il soit exécuté par des gars aux allures insolites, cela ne pouvait que pimenter l’événement.
Ceci étant, un mercredi du mois d’octobre à sept heures et demie du matin, cinq drôles de gaillards débarquèrent à la gare de Cornimont. Conscients de la distance et de la durée de l’épopée, ils se présentèrent au guichet pour prendre leurs billets. Cinq gaillards ordinaires prenant le train aurait été une démarche banale, mais cinq lascars présentant une négligence vestimentaire notoire et affichant un comportement benêt ne pouvaient qu’attirer des regards curieux.
Ce fut le début d’une fantastique aventure. L’un d’eux bardé d’une brochette de stylos multicolores et chargé de divers sacs plastique avait tout du véritable maniaque du cabas. Deux autres, visiblement en retard d’au moins trois décennies sur la dernière mode, se disputaient le port d’un sac de voyage miteux. Un quatrième, affublé d’une doudoune usée et d’une casquette de kermesse, caressait une grenouille apeurée au creux de sa main. Quant au dernier, chaussé de bottes en caoutchouc à peine couvertes par un vieux pantalon de velours trop court sur lequel tombaient les pans d’un anorak usagé, il portait une valise rafistolée avec de la ficelle. Pull en laine tricoté par mémère, chemise épaisse à carreaux fermée au raz du cou, cravate excentrique ou bonnet trop petit vissé sur le haut du crâne, ils entrèrent ainsi dans le hall de la gare de Cornimont provoquant l’étonnement des voyageurs, en particulier celui d’une brave femme qui n’eut aucune peine à reconnaître parmi les loustics, son plus proche voisin. Faisant fi de cette découverte, le « club des cinq » se dirigea allègrement vers le guichet.
– Bonjour monsieur le chef de gare.
– Bonjour messieurs. Alors, ils vont où ces p’tits gars?
– Kruth !
– Pardon ?
– Kruth ! On va à Kruth, réaffirma l’homme aux stylos multicolores.
– Mais… Mais… Kruth ?… Depuis ici ?
– Ben oui !...
– Euh…. Pffff… ! Hou là là… souffla le guichetier, repoussant sa casquette en arrière pour mieux se gratter la tête.
– Ben c’est pas difficile … Kruth !
– Ben oui, d’accord, vous voulez aller à Kruth, mais vous vous rendez compte, pour aller à Kruth, faut passer par, … j’sais pas moi, Épinal, … Heu… Mulhouse… J’en sais rien moi !
– Ben nous non plus !
– Mais vous ne voulez pas prendre un taxi ? Il n’y a que vingt kilomètres par la route. Vous en aurez pour moins cher

– Ah non, nous on va à Kruth en train. De toute façon, on n’a pas le choix, l’assistante sociale nous attend à la gare de Remiremont ! alors…
– Oh là là là là là là !!!…. Mais… mpfff… Bon, alors…

          Et le brave employé de la sncf de prendre son grand livre, un crayon et un papier et de chercher les correspondances de trains. (A cette époque, aucun ordinateur n’assistait le personnel de service)
– Alors… Cornimont- Kruth, il faut passer par… Remiremont ! Jusque-là, ça va ! À Remiremont, changement pour Épinal ! Ouais, classique... Ensuite… Épinal-Kruth… c’est par… Belfort ! … Belfort ? Ouuuh  !!!… Bon, alors… Belfort depuis Épinal c’est…Luxeuil…  Donc par…Aillevillers… Oh là là là là !!!…              Changement de district. Remonter au secteur Jussey, tourner une page, en haut, non en bas… là, sur l’autre page, Aillevillers 8h41… non ça va pas… 9h19… non celui-là il vient de Neufchateau, c’est pas ça… l’autre colonne, puis une autre, chercher la colonne, l’horaire, la correspondance, noter le train, revenir en arrière, chercher une autre page, descendre la colonne, passer sur la page d’à côté…
– Top ! Luxeuil-Epinal ! Ah ! Ah ! le 10h09, le voilà !
Épinal pour Aillevillers par… Bains-les-Bains ! Bains-les-Bains ??? Ohhpfffff… ! j’vais pas y arriver moi. Quelle heure il est ? 7h41 ! Reste un quart d’heure…

          Reprendre au début, feuilleter trois pages, la colonne, la colonne, c’est pas la bonne, si…, non…, si, là, l’horaire pour Bains-les Bains ? Ça va, ça colle…
– Alors… depuis Bains-les Bains… Kruth maintenant… c’est là-bas… Chercher au fond du livre…, colonne de droite, Kruth… Kruth…. Kruth … Ah voilà… Bains-les-Bains-Kruth, changement à Aillevillers… c’est bien ça…à… 10h03, direction Luxeuil … hop deuxième colonne, … l’horaire… hop …10h27. Ouais, c’est bon… Luxeuil… arrivée 11h02 Pfffffffffff… Quelle heure il est ? 7h52 et l’autorail qui part dans 12 minutes. Bon alors… Après Luxeuil… Luxeuil…Lure… Heu… Vous voulez pas y aller en taxi ?
– Non ! Nous on y va en train !!
Et remonter en haut du registre, ligne 54, colonne 4
– …Lure… Lure … Lure… Luxeuil –Lure départ 11h05, ouh là là ! C’est juste…ensuite… Lure…descendre la colonne, encore, encore, encore. Stop ! Lure-Vesoul ! Ça roule… Ensuite, Vesoul…Voir dix pages plus loin…Vesoul… Non Vesoul ça va pas !… Lure-Kruth… par… Belfort. Mais bien sûr, Kruth c’est par Belfort et Mulhouse ! Alors… Belfort… Ah ! Voilà, Belfort, facile…Lure-Belfort…arrivée…11h32. Après ça je sais ! Belfort Mulhouse je le sais, c’est un express… C’est le 11h58 ! Pile ! Je l’savais ! Ha ! Ha ! Ha ! Le 11h58 il arrive à Mulhouse à 12h23 ! Ah mais, on m’la fait pas à moi !… Ensuite … Thann… Thann… Alors là ??? Mffhh ! Thann… Thann… Ah bon là, il y a le choix… Départ 12h41 ou 15h19. Après… Thann – Kruth… Départ 17h29, arrivée 18h16. Voilà! Et ben dis-donc… C’est pas d’la tarte hein ! Bon j’vous fais un billet de groupe, ça sera plus simple et moins cher. Alors… cinq… Hop…280 kilomètres… hop… en 2ème classe, oui bien sûr !!…hop…hop…hop…Allez… Voilà… merci messieurs et bon voyage ! Pffffhh !!!

          Tampon…Paf ! Paf ! Paiement…Bling… Monnaie…Sonnerie… 8h03, fermer le guichet, prendre le sifflet, ne pas oublier le guidon de départ :

– Pour Remiremont, départ à 8h04. En voiture s’ilvous plaît quai… heu… Ben y en a qu’un ! Ben quai n°1.